Zoom sur les statines
On te promet la sécurité. Mais personne ne t’explique le prix.
On continue de creuser le tunnel au sujet du cholestérol si vous n’avez pas lu les 2 premières parties je vous y invite fortement :D
Voici maintenant la troisième partie un zoom des statines… Alors les statines bon ou mauvais ? Pourquoi la chimie encore une fois force le vivant et pourquoi il y à tout le temps des effets indésirables et pas des moindres c’est ce qu’on va voir dans cette partie :
La pilule qui rassure. La pilule qui divise. Et, surtout, la pilule qu’on prescrit souvent sans raconter toute l’histoire.
Les statines, c’est le cœur du brasier.
À la fac, on te les présente comme un bouclier moderne : baisse du LDL, baisse des événements, fin du débat.
Dans les cabinets, on les prescrit parfois comme on signe un réflexe : “vous avez du cholestérol, on sécurise.”
Et de l’autre côté… blogs, livres, forums : “inefficaces”, “dangereuses”, “mensonge industriel”, sans même ouvrir la boîte de Pandore.
La vérité ? Elle est moins confortable. Donc plus intéressante.
Comme le cholestérol et l’athérosclérose, les statines ne sont pas un sujet binaire. Ce n’est ni l’ange, ni le démon. C’est un outil. Et un outil peut sauver… ou abîmer… selon le terrain, le contexte, la dose, la durée, et la lucidité de celui qui l’utilise.
Alors on fait ce que la médecine moderne fait trop peu : on va au fond.
On explique. On met la lumière.
1) D’abord : c’est quoi, une statine ?
Une statine, c’est un médicament hypolipémiant qui inhibe une enzyme clé du foie : l’HMG-CoA réductase (HMGCR).
Cette enzyme est une porte d’entrée vers la fabrication endogène du cholestérol via la voie du mévalonate.
Et là, premier point que presque personne ne dit jamais clairement :
la voie du mévalonate ne sert pas “juste” à fabriquer du cholestérol.
Elle sert aussi à produire des composés isoprénoïdes (dolichols, ubiquinone / coenzyme Q10, etc.).
Des molécules impliquées dans des choses très “terrain” : la signalisation intracellulaire, la croissance cellulaire, l’expression génique, la glycosylation des protéines, l’architecture du cytosquelette… et surtout, pour la coQ10 : la bioénergétique mitochondriale.
Donc la statine n’est pas une simple “gomme à LDL”.
C’est une intervention sur un axe central du métabolisme.
2) Pourquoi ça marche (quand ça marche)
Les statines ciblent le foie — logique : le foie est le grand carrefour des lipides.
La majorité du cholestérol circulant ne vient pas de ton assiette, mais de la fabrication interne.
Le mécanisme, simplifié mais fidèle :
Inhibition de HMGCR
→ baisse du cholestérol intracellulaire hépatique
→ activation des SREBPs
→ augmentation de l’expression des récepteurs LDL (LDLR)
→ le foie “aspire” davantage de LDL du sang
→ baisse du LDL circulant (et de ses précurseurs).
Elles freinent aussi la synthèse d’apoB100, donc la production / sécrétion de particules riches en triglycérides.
Et elles agissent indirectement sur un point capital de l’athérosclérose moderne : la LDL modifiée, notamment oxydée.
Moins de particules LDL en circulation = mécaniquement moins de matière première à oxyder. Certaines statines réduisent aussi des marqueurs pro-oxydants au niveau des macrophages, et peuvent diminuer l’expression de récepteurs scavenger (donc moins de captation d’OxLDL).
Résultat clinique observé dans les grands essais :
une réduction significative de morbidité et mortalité cardiovasculaires, avec une réduction approximative d’un quart du risque d’événements vasculaires majeurs pour une baisse de 1 mmol/L de LDL-C par an de traitement, et des bénéfices absolus qui s’accumulent avec le temps.
Oui : ça peut protéger.
Mais ce n’est pas la fin du film. C’est le début.
3) Ce que les statines font “en bonus” (les fameux effets pléiotropes)
Si tu veux comprendre pourquoi certains médecins les défendent avec conviction, regarde ici.
Les statines ne font pas que baisser un chiffre. Elles peuvent influencer :
Fonction endothéliale : augmentation de la production de NO, meilleure dynamique vasculaire.
Inflammation : baisse de signaux inflammatoires (ex : IL-6), réduction de recrutement leucocytaire, modulation de MCP-1.
Cellules musculaires lisses : réduction de la prolifération (donc un impact sur l’évolution de la plaque).
Stabilité de plaque : moins de dégradation de matrice, moins de fragilité… potentiellement.
Coagulation : baisse globale de l’activité plaquettaire, moins de propension au thrombus.
Ça, c’est l’argument “statines = stabilisateurs de terrain vasculaire”.
Et sur des profils à haut risque, ce n’est pas à balayer d’un revers de main ok maintenant regardons l’envers de la médaille.
4) Maintenant… parlons du prix à payer
Le BNF liste des effets fréquents : fatigue, troubles digestifs, céphalées, vertiges, myalgies, troubles du sommeil, thrombocytopénie…
Le BNF, c’est le British National Formulary : une référence “officielle” au Royaume-Uni qui sert de guide pratique aux soignants pour choisir, prescrire, délivrer et administrer les médicaments.
La plupart des gens s’arrêtent là : “oui bon, comme tous les médicaments.”
Sauf que les statines ont un trio d’effets indésirables plus sérieux, avec une preuve de causalité jugée solide dans une revue du Lancet :
myopathie, diabète de novo, probable augmentation des AVC hémorragiques.
(Et on peut ajouter un sujet qui revient sans cesse : cognition/mémoire)
On continue..
A) Myopathie : quand l’énergie musculaire proteste
Douleur/faiblesse musculaire + hausse des CPK.
CPK (souvent écrit CK en labo) = créatine kinase : une enzyme surtout présente dans tes muscles (et aussi un peu dans le cœur et le cerveau). Quand on parle de “hausse des CPK”, ça veut dire que plus de CK que la normale s’est retrouvée dans le sang, généralement parce qu’il y a eu irritation / souffrance / micro-lésions musculaires.
Et quand c’est très élevé (selon les labos, on raisonne souvent en “x fois la limite haute”), ça peut évoquer une atteinte plus sévère type rhabdomyolyse (rare), surtout s’il y a faiblesse importante, douleurs majeures, urines foncées, ou atteinte rénale.
Ok la rhabdomyolyse est rare, mais peut être grave (rein).
Ordres de grandeur rapportés :
environ 1 cas / 10 000 personnes / an pour myopathie
2–3 cas / 100 000 / an pour rhabdomyolyse.
Le risque grimpe avec : fortes doses, interactions médicamenteuses (CYP450, P-gp), terrain génétique (ex : variations SLCO1B1, certaines origines), âge avancé, comorbidités, polymédication.
En bref :
si tu touches la voie du mévalonate, tu touches potentiellement la coQ10, donc la chaîne respiratoire mitochondriale.
C’est la ou le bas blesse c’est là ou de mon point de vue ca attaque la plupart des terrains et la physiologie. Et ensuite on va ranger ces personnes dans des cases de “patients anxieux” au lieu d’écouter la biologie.
B) Diabète : quand la régulation du glucose se dérègle
L’essai JUPITER (rosuvastatine 20 mg/j) a observé une HbA1c un peu plus élevée et une légère hausse des nouveaux diagnostics après environ 2 ans.
Les méta-analyses évoquent une augmentation proportionnelle d’environ 10% des diagnostics, surtout chez ceux qui ont déjà un terrain à risque (BMI élevé, HbA1c haute, glycémie à jeun altérée).
L’ Hypothèse : augmentation des LDLR, plus de cholestérol entrant dans certaines cellules pancréatiques… mais ce qu’il faut retenir est simple :
si tu as déjà un terrain insulinorésistant, la statine vas te faire plonger.
C) AVC hémorragique : la zone grise
Les statines réduisent les AVC ischémiques, bonne nouvelle!
Mais elles peuvent augmenter proportionnellement les AVC hémorragiques, par mmol/L de LDL-C réduit.
En Europe/Amérique du Nord : excès absolu estimé ≈ 5–10 AVC hémorragiques / 10 000 patients / 5 ans lorsque le LDL baisse de 1–2 mmol/L.
Point important : cette hausse est généralement “surcompensée” par la baisse des AVC ischémiques et autres événements artérioscléreux.
Encore une fois cela montre que les statine en fonction du terrain et contexte physiologiques ne vont pas forcement protéger au contraire.
Si on réfléchit à ce qu’on vient de lire c’est toute l’ambiguïté de notre médecine moderne et de la chimie imposée au corps qui est traduite au travers de cet exemple
Une zone grise qui en fonction de différents facteur physio peut vous faire basculer d’un côté ou de l’autre de vivant.
D) Mémoire/cognition : le débat qui colle
De plus en plus en plus de signalements existent concernant la corrélation des statines avec le risques et l’augmentation des maladies métaboliques et neurologiques dégénératives de “nouvelles génération” comme Alzheimer.
Je ne vais pas détailler cette partie dans cet article ce serait beaucoup trop long mais je vous invite sincèrement à vous renseigner sur le sujet.
5) Le vrai sujet : pour qui ? et dans quel monde ?
Parce qu’au fond, la question n’est pas :
“statines = bien ou mal ?”
La question est :
dans quel contexte la pilule apporte plus qu’elle ne retire ?
Prévention secondaire (infarctus, stent, AVC ischémique, maladie coronarienne avérée) : les bénéfices deviennent beaucoup plus tangibles. Dans ce monde-là, la statine est souvent une arme rationnelle. J’ai envie de dire pourquoi pas si en plus il y a en parallèle un travail sur le terrain engagé.
Prévention primaire à bas risque : C’est là ou pour moi ça n’a aucun sens, là on entre dans une zone où les bénéfices absolus sont plus faibles, où le terrain et le mode de vie devraient être l’axe principal, et où prescrire “par défaut” ressemble parfois à une abdication.
Et puis il y a un phénomène que je veux nommer clairement : l’effet nocebo.
Les attentes négatives (cliniciens, packaging, médias) augmentent les déclarations d’effets indésirables. C’est réel. Ça existe.
Mais attention : nocebo ne doit pas devenir l’excuse pour mépriser des symptômes bien physiologiques.
6) Verdict : éduquer, pas effrayer
Les statines réduisent le risque d’événements cardiovasculaires chez les personnes à risque d’athérosclérose.
Mais elles ont un coût biologique potentiel, variable selon la dose, la durée, les interactions, la génétique, l’âge, la mitochondrie, l’inflammation, l’insuline.
Donc le cap est simple :
Évaluer le risque réel, pas juste un LDL isolé.
Regarder le terrain métabolique : triglycérides, HDL, résistance à l’insuline, inflammation, sommeil, stress, sédentarité.
Comprendre la mécanique : LDL-C n’est pas LDL-P, et le chiffre n’est pas toute l’histoire.
Remettre la prévention au centre : lumière, rythme circadien, mouvement, masse musculaire, alimentation cohérente, réduction des sucres/ultra-transformés, respiration, gestion du stress.
Décider en conscience : pilule si nécessaire, mais jamais en remplacement d’une reconquête du vivant.
JUPITER suggère même un point majeur : des personnes avec LDL bas mais CRP élevée peuvent être à risque et bénéficier d’une statine. Autrement dit : peut-être que l’inflammation est le “vrai feu” et que le LDL n’est parfois que la fumée.
La médecine moderne aime les leviers simples.
La physiologie, elle, ne pardonne pas les raccourcis.
Points clés
Les statines inhibent HMGCR (voie du mévalonate) : baisse du cholestérol hépatique → hausse des LDLR → baisse du LDL circulant.
Elles influencent aussi des composés isoprénoïdes (dont coQ10), donc potentiellement la bioénergétique.
Effets potentiellement favorables : endothélium, inflammation, stabilité de plaque, coagulation.
Effets indésirables avec preuve solide : myopathie, diabète de novo, probable hausse d’AVC hémorragiques.
Ordres de grandeur : ~1/10 000/an myopathie ; 2–3/100 000/an rhabdomyolyse.
La vraie question n’est pas “pour ou contre” : c’est pour qui, quand, à quelle dose, et avec quel travail de terrain à côté.




